Plotin, Ennéade III, V, 9 (trad. Bréhier, t. III, p. 86) :
«Les mythes, s’ils sont vraiment des mythes, doivent séparer dans le temps les circonstances du récit, et distinguer bien souvent les uns des autres des êtres qui sont confondus et ne se
distinguent que par leur rang ou par leurs puissances ; (d’ailleurs, même où [Platon] raisonne, il fait naître des êtres qui n’ont pas été engendrés, et il sépare des êtres qui existent ensemble).
Mais, après nous avoir instruits comme des mythes peuvent instruire, ils nous laissent la liberté, si nous les avons compris, de réunir leurs données éparses.»
Pascal, Pensée Br. 673 :
« Fac secundum exemplar quod tibi ostensum est in monte [Exode, XXV, 40].
La religion des Juifs a donc été formée sur la ressemblance de la vérité du Messie ; et la vérité du Messie a été reconnue par la religion des Juifs, qui en était la figure.
Dans les Juifs, la vérité n’était que figurée ; dans le ciel, elle est découverte.
Dans l’Eglise elle est couverte, et reconnue par le rapport à la figure.
La figure a été faite sur la vérité, et la vérité a été reconnue sur la figure. (…)»
Pascal,
PenséeBr. 675 :
« …Et cependant ce Testament fait pour aveugler les uns et éclairer les autres, marquait, en ceux mêmes qu’il aveuglait, la vérité qui devait être connue des autres. Car les biens visibles qu’ils
recevaient de Dieu étaient si grands et si divins, qu’il paraissait bien qu’il était puissant de leur donner les invisibles et un Messie.
Car la nature est une image de la grâce et les miracles visibles sont images des invisibles. Ut sciatis… tibi dico : Surge.
Isaïe dit que la rédemption sera comme le passage de la Mer Rouge.
Dieu a montré en la sortie d’Egypte, de la mer, en la défaite des rois, en la manne, en toute la généalogie d’Abraham, qu’il était capable de sauver, de faire descendre le pain du ciel, etc. ; de
sorte que le peuple ennemi est la figure et la représentation du même Messie qu’ils ignorent, etc.
Il nous a donc appris enfin que toutes ces choses n’étaient que figures, et ce que c’est que « vraiment libre », « vrai Israélite », « vraie circoncision », « vrai pain du ciel », etc.
Dans ces promesses-là, chacun trouve ce qu’il a dans le fond de son cœur, les biens temporels ou les biens spirituels, Dieu ou les créatures : mais avec cette différence que ceux qui y cherchent
les créatures les y trouvent, mais avec plusieurs contradictions, avec la défense de les aimer, avec l’ordre de n’adorer que Dieu et de n’aimer que lui, ce qui n’est qu’une même chose, et qu’enfin
il n’est point venu Messie pour eux ; au lieu que ceux qui y cherchent Dieu le trouvent, et sans aucune contradiction, avec les commandements de n’aimer que lui, et qu’il est venu un Messie dans le
temps prédit pour leur donner les biens qu’ils demandent. (…) »
Jamblique, Mystères d’Egypte, II, 9 :
« Finalement, donc, les dispositions de l’âme chez les évocateurs de dieux reçoivent au moment de leur épiphanie une perfection affranchie des passions et éminente, ainsi qu’une activité
entièrement meilleure, et elles participent à l’amour divin et à une allégresse infinie ; dans le cas des archanges, elles obtiennent un état sans souillure, une contemplation intellectuelle, une
puissance invariable ; dans celui des anges, elles participent à la sagesse rationnelle, à la vérité, à une vertu pure, à une connaissance sûre, à un ordre proportionnel ; quand elles contemplent
les démons, elles reçoivent tendance au créé, désir de la nature, satisfaction des œuvres de la fatalité, puissance pour accomplir de telles actions ; si ce sont des héros, elles emportent des
mœurs semblables et ont part à beaucoup des efforts qui tendent la communion des âmes ; quand elles s’unissent aux archontes, elles se meuvent, en même temps que l’âme, de mouvements cosmiques ou
matériels. À la contemplation des âmes, elles gagnent des tendances génétiques et une autorité congénitale pour s’occuper du corps, et tout ce qui s’y rapporte. »
Jamblique,Mystères d’Egypte, I, 3 :
« À vrai dire, ce n’est même pas une connaissance que le contact avec la divinité. Car la connaissance est séparée [de son objet] par une sorte d’altérité. Or, antérieurement à celle qui connaît un
autre comme étant elle-même autre, spontanée est l’étreinte uniforme qui nous a suspendus aux dieux. Il ne faut donc pas accorder que l’on puisse reconnaître ou ne pas reconnaître ce contact, ni se
le représenter comme ambigu (il demeure toujours en acte à la manière de l’Un), et il est inutile de l’examiner comme s’il était en notre pouvoir de l’accepter ou de le rejeter ; car nous sommes
plutôt enveloppés de la puissance divine ; c’est elle qui fait notre plénitude et nous tenons notre être même de la science des dieux. »
Jamblique,Mystères d’Egypte, III, 3 :
« …Mais c’est quand elle [l’âme] s’est unie aux dieux selon une telle activité détachée qu’elle reçoit les plus vraies plénitudes d’intellections, grâce auxquelles elle émet une vraie divination ;
et c’est à partir de là qu’elle jette les fondements des plus authentiques principes des songes divins. Mais si l’âme enlace aux puissances supérieures sa part intellectuelle et divine, alors ses
imaginations mêmes seront plus pures, au sujet soit des dieux soit des substances incorporelles en soi ou en général de ce qui concourt à la vérité à propos des intelligibles. »
Jamblique, Mystères d’Egypte (I, 15) :
« Et si l’on considérait aussi comment les supplications hiératiques ont été par les dieux mêmes envoyées aux hommes, qu’elles sont les symboles des dieux mêmes et ne sont connues que d’eux, et que
d’une certaine façon elles ont la même puissance que les dieux, comment croire encore avec justice qu’une pareille supplication est sensible et non pas divine et intellectuelle ? Quelle
vraisemblance qu’une passion quelconque puisse s’y introduire, alors que même un homme de mœurs vertueuses ne peut facilement se purifier assez pour en être digne ?
“Mais, dit-on, les offrandes, elles, se font à des êtres sensibles et psychiques”. Oui, si elles n’étaient constituées que par des puissances corporelles et composées ou destinées seulement à
servir d’instruments ; mais puisque les offrandes participent à des idées incorporelles, à des raisons et mesures plus simples, de ce seul fait leur convenance apparaît, et si de près ou de loin il
se présente connaturalité ou ressemblance, celle-ci suffit pour le contact dont nous parlions ; car rien n’entre, même un instant, dans la familiarité des dieux, sans que les dieux lui soient
aussitôt présents et unis. Ce n’est donc pas avec des êtres sensibles ou psychiques, mais selon les idées divines en personnes et avec les dieux mêmes que se fait l’intimité créée autant que
possible par les offrandes. En sorte que, à propos de cette division encore, nous avons suffisamment répondu. »
Jamblique,
Mystères d’Egypte (I, 21) :
« Quel est le rituel, en effet, quel est le culte célébré selon les lois hiératiques qui s’accomplit par la passion ou produit une satisfaction des passions ? Le culte n’a-t-il pas été codifié au
début au début selon les décrets des dieux et intellectuellement ? Et il imite l’ordre des dieux, l’intelligible et celui du ciel. Et il comporte des mesures éternelles de ce qui est et des signes
admirables, vu qu’ils ont été envoyés ici-bas par le démiurge et le père de tous les êtres ; grâce à eux, l’indicible s’exprime en symboles mystérieux, les êtres sans formes sont maîtrisés dans des
formes, ceux qui sont supérieurs à toute copie sont reproduits au moyen de copies, et toutes choses s’achèvent par une seule chose divine, qui est tellement séparée des passions qu’à la raison même
il n’est pas possible de l’atteindre. »
Jamblique,
Mystères d’Egypte (II, 11) :
« …Ce n’est pas […] l’acte de penser qui unit aux dieux les théurges ; car alors qu’est-ce qui empêcherait ceux qui philosophent théorétiquement d’arriver à l’union théurgique avec les dieux ? Mais
la vérité est tout autre : c’est l’accomplissement religieux des actions ineffables dont les effets dépassent toute intellection, ainsi que le pouvoir des symboles muets, entendus des dieux seuls,
qui opèrent l’union théurgique. C’est pourquoi ce n’est pas notre pensée qui opère ces actes ; car alors leur efficacité serait intellectuelle et dépendrait de nous ; or ni l’un ni l’autre n’est
vrai. Sans que nous y pensions, en effet, les signes eux-mêmes, par eux-mêmes, opèrent leur œuvre propre, et l’ineffable puissance des dieux, que ces signes concernent, reconnaît ses propres copies
elle-même par elle-même sans avoir [besoin d’] être éveillée par [l’activité de] notre pensée. En effet, il n’est pas dans l’ordre que le contenant soit mis en branle par le contenu, le parfait par
l’imparfait, le tout par les parties. Nos pensées ne provoquent donc pas, en les prévenant, les causes divines à s’exercer ; mais elles doivent, avec toutes les dispositions excellentes de l’âme et
avec notre pureté, préexister comme causes auxiliaires ; ce qui éveille proprement le vouloir divin, ce sont les signes divins eux-mêmes ; et ainsi le divin est déterminé par le divin et ne reçoit
d’aucun des êtres inférieurs un principe quelconque de son action propre. »
Jamblique,Mystères d’Egypte,(III, 3) :
« …Mais c’est quand elle [l’âme] s’est unie aux dieux selon une telle activité détachée qu’elle reçoit les plus
vraies plénitudes d’intellections, grâce auxquelles elle émet une vraie divination ; et c’est à partir de là qu’elle jette les fondements des plus authentiques principes des songes divins. Mais si
l’âme enlace aux puissances supérieures sa part intellectuelle et divine, alors ses imaginations mêmes seront plus pures, au sujet soit des dieux soit des substances incorporelles en soi ou en
général de ce qui concourt à la vérité à propos des intelligibles. »
Plotin, Ennéade IV, III, 12 :
« Et les âmes humaines ? Elles voient leurs images comme dans le miroir de Dionysos, et, d’en haut, elles s’élancent vers elles. Elles ne tranchent pourtant par leurs liens avec leurs principes ;
qui sont des intelligences ; elles ne descendent pas avec leur intelligence ; elles vont jusqu’à la terre, mais leur tête reste fixée au-dessus du ciel. »