Pseudo-Denys l’Aréopagite, Hiérarchies célestes, I, 2 :
« …Levons les yeux, autant qu’il est en notre pouvoir, jusqu’à ces illuminations provenant
des très saintes Écritures, et initions-nous dans la mesure de nos forces à ces hiérarchies d’intelligences célestes telles que nous les révèlent les Écritures de façon symbolique et
anagogique. Après avoir levé les yeux immatériels et le ferme regard de notre intelligence vers cette effusion lumineuse, fondamentale et plus que fondamentale, qui vient du Père théarchique,
et qui nous révèle en figures symboliques les bienheureuses hiérarchies angéliques, dépassons cette effusion elle-même pour nous attacher au Rayon simple de la Lumière en soi. Non certes que ce
rayon déchoie jamais de sa nature propre et de son infinité intime : tout en se multipliant et en agissant au-dehors comme il convient à sa bonté, pour spiritualiser et unifier la constitution
des êtres soumis à sa Providence, il demeure en soi et stable, affermi dans une immobile identité, et c’est lui qui confère à ceux qui peuvent tenter l’ascension sans sacrilège le pouvoir de
tendre vers lui à la mesure de leurs forces, car il les unifie en vertu de cette union simplificatrice qui réside en lui. Ce Rayon théarchique ne saurait, en effet, nous illuminer qu’enveloppé
spirituellement dans la variété des voiles sacrés et adapté par la Providence paternelle aux convenances de notre nature humaine. »
Pseudo-Denys l’Aréopagite,Hiérarchie ecclésiastique, I, 2 :
« …Comme nous l’avons déjà saintement rappelé, les essences et les ordres qui nous dépassent sont incorporels, leur hiérarchie appartient à l’ordre intelligible et transcende notre monde.
Dans la hiérarchie humaine, nous verrons au contraire se multiplier à la mesure de notre nature propre la variété des symboles sensibles qui nous élèvent hiérarchiquement jusqu’à l’unité de la
déification autant qu’elle nous peut être accessible. »
Pseudo-Denys l’Aréopagite, Noms divins, V, 7 :
« Il n’est donc pas absurde de prendre appui sur ces images affaiblies pour remonter jusqu’à la Cause universelle… »
Charles
de Bovelles,Livre du Sage, chp. XXXVIII (trad. P. Magnard, pp. 245–247) :
« Dieu est la source de toute lumière, il en est l’immense soleil. L’ange est comparable à un petit nuage blanc, lumineux et diaphane, placé continuellement devant Dieu et à proximité de lui.
Le rayon de lumière, qui jaillit de Dieu, n’est contrarié par aucun milieu étranger et peut ainsi parvenir sans se briser jusqu’à l’entendement angélique. Entre Dieu et l’ange ne s’interpose
aucun obstacle, qui ferait tomber le rais de lumière, oblique et indirect, par le côté. Il n’est rien pour interdire à l’ange la vision claire, pure et directe de Dieu, rien qui obnubile chez
l’ange le feu, l’ardeur et la clarté divine.
Aussi le premier jaillissement de la lumière divine hors de Dieu, la première émanation et diffusion de l’éclat divin, sa première stase, réception et fixation est l’entendement angélique ou
plus exactement la substance toute entière de l’ange. Puisque celle-ci est spirituelle, simple, incorporelle, transparente, diaphane, comme un nuage, elle transmet le rayon reçu de lumière
divine à la créature venant après dans l’ordre descendant, l’homme, après l’avoir réfracté à l’obstacle d’un milieu étranger, l’avoir dispersé, détourné, dévié, mis de biais, obombré. Le petit
nuage angélique est en effet ce milieu étranger, qui, survenant entre Dieu et l’homme, réfracte le rayonnement de la lumière divine, écarte de l’homme les ardeurs et les feux haut placés du
soleil divin et obombre pour l’homme l’éclat divin. L’homme en effet voit Dieu non pas comme il est, purement et simplement à découvert, mais dans une certaine ombre, sous le brouillard et le
nuage angélique, en un climat qui en estompe et en tempère l’éclat, bref selon un aspect second. »
Spinoza, Traité théologico-politique, chp. II, Pléiade, p. 635 sqq. :
« Comme la simple imagination n’enveloppe pas de sa nature la certitude, ainsi que le fait toute idée claire et distincte, mais qu’il faut nécessairement, pour qu’on puisse être certain, qu’à
l’imagination s’ajoute quelque chose qui est le raisonnement, on voit que la prophétie par elle-même ne pouvait pas envelopper la certitude, puisqu’elle dépendait, comme nous l’avons montré, de la
seule imagination. Les prophètes n’étaient pas certains de la révélation de Dieu par la révélation elle-même, mais par quelque signe : cela se voit dans Abraham (voir Genèse, ch. XV, vers.
8) qui demanda un signe après avoir entendu la promesse de Dieu ; il avait foi en Dieu et ne demandait pas un signe qui le fît croire en Dieu, mais qui lui fît savoir que Dieu lui avait fait telle
promesse. Cela est encore mieux établi par ce que dit à Dieu Gédéon : Et fais-moi un signe [pour que je sache] que c’est toi qui as parlé (voir Juges, ch. VI, vers. 17).
À Moïse aussi, Dieu dit : Et que ceci [soit] pour toi un signe que je t’ai envoyé. Ezéchias, qui savait depuis longtemps qu’Esaïe était prophète, demanda un signe de la prophétie
prédisant son retour à la santé. Cela montre que les prophètes ont toujours eu quelque signe leur donnant la certitude des choses qu’ils s’imaginaient par le don prophétique et, pour cette raison,
Moïse prévient les Juifs (voir Deutéronome, ch. XVIII, dernier verset) qu’ils ont à demander au prophète un signe, à savoir l’issue de quelque affaire à venir. La prophétie est donc à cet
égard inférieure à la connaissance naturelle qui n’a besoin d’aucun signe, mais de sa nature enveloppe la certitude. Et, en effet, cette certitude prophétique n’était pas une certitude
mathématique, mais seulement une certitude morale. Cela est établi par l’Écriture elle-même ; dans le Deutéronome (ch. XIII), Moïse avertit, en effet, que si quelque prophète veut
enseigner des dieux nouveaux, alors même que sa doctrine serait confirmée par des signes et des miracles, il doit être condamné à mort ; car, ajoute Moïse, Dieu lui-même fait des signes et des
miracles pour tenter le peuple ; et le Christ aussi donna le même avertissement à ses disciples comme il est établi par Matthieu (ch. XXIV, vers. 24). Bien mieux, Ezéchiel enseigne
clairement (ch. XIV, vers. 9) que Dieu trompe parfois les hommes par de fausses révélations ; il dit en effet : Et quand un prophète [un faux prophète] se sera laissé induire en erreur
et aura dit une parole, c’est que moi, le Seigneur, je l’ai induit en erreur. Michée (voir Rois, I, ch. XXII, vers. 21) rend le même témoignage au sujet des prophètes d’Achab. »
Spinoza, Ethique, II, prop. 43 :
« Qui a une idée vraie sait en même temps qu’il a une idée vraie, et ne peut douter de la vérité de la chose. »
Scolie de la même proposition :
« …Que peut-il y avoir de plus clair et de plus certain qu’une idée vraie, qui puisse être norme de la vérité (norma veritatis) ? »