Mardi 4 novembre 2008

Spinoza, Ethique, IV, prop. XXXIV :

« En tant que les hommes sont dominés par des sentiments qui sont des passions, ils peuvent s’opposer les uns aux autres. »

Spinoza, Ethique, IV,  prop. XXXV :

« Dans la seule mesure où les hommes vivent sous la conduite de la Raison, ils s’accordent toujours nécessairement par nature. »

Spinoza, Ethique, IV,  corollaire I de la prop. XXXV :

« Dans la nature, il n’y a rien de singulier qui soit plus utile à l’homme qu’un homme qui vit sous la conduite de la Raison… »


Spinoza, Traité théologico-politique, chp. XVI (pp. 832-833 de l’édition citée) :

« Quand la conduite déclenchée par un commandement, c’est-à-dire l’obéissance, bien qu’elle supprime en un sens la liberté, n’entraîne cependant pas immédiatement, pour un agent, la qualité d’esclave. Il faut considérer avant tout, à cet égard, la signification particulière de l’action. À supposer que la fin de l’action serve l’intérêt non de l’agent, mais de celui qui commande l’action, celui qui l’accomplit n’est en effet qu’un esclave, hors d’état de réaliser son intérêt propre. Toutefois, dans toute (libre) république et dans tout Etat où n’est point pris pour loi suprême le salut de la personne qui donne les ordres, mais celui du peuple entier, l’individu docile à la souveraine puissance ne doit pas être qualifié d’esclave hors d’état de réaliser son intérêt propre. Il est bien un sujet. Ainsi la communauté politique la plus libre est celle, dont les lois s’appuient sur la saine raison. Car, dans une organisation fondée de cette manière, chacun, s’il le veut, peut être libre, c’est-à-dire s’appliquer de tout son cœur à raisonnablement. De même, les enfants, bien qu’obligés d’obéir à tous les ordres de leurs parents, ne sont cependant pas des esclaves ; car les ordres des parents sont inspirés avant tout par l’intérêt des enfants. Il existe donc, selon nous, une grande différence entre un esclave, un fils, un sujet, et nous formulerons les définitions suivantes : l’esclave est obligé de se soumettre à des ordres fondés sur le seul intérêt de son maître ; le fils accomplit sur l’ordre de ses parents des actions, qui sont dans son intérêt propre ; le sujet enfin accomplit, sur l’ordre de la souveraine puissance, des actions, visant à l’intérêt général et qui sont par conséquent aussi dans son intérêt particulier. »


Spinoza, Ethique, II, prop. XXXII-XXXV :

« PROPOSITION XXXII

Toutes les idées, en tant qu’elles sont rapportées à Dieu, sont vraies.

PROPOSITION XXXIII

Il n’y a dans les idées rien de positif qui permette de les dire fausses.

PROPOSITION XXXIV

Toute idée qui en nous est absolue — autrement dit adéquate et parfaite — est vraie.

PROPOSITION XXXV

La fausseté consiste en une privation de connaissance, qu’enveloppent les idées inadéquates, autrement dit mutilées et confuses. »

Spinoza, Ethique, II, proposition XLV :

« Toute idée d’un corps quelconque, ou d’une chose singulière existant en acte, enveloppe nécessairement l’essence éternelle et infinie de Dieu. »


Spinoza, Ethique, II,
prop. VIII :

« Les idées des choses singulières ou des modes existants doivent être comprises dans l’idée infinie de Dieu de la même façon que les essences formelles des choses singulières sont contenues dans les attributs de Dieu. »

Spinoza, Ethique, II, proposition XLVI :

« La connaissance de l’essence éternelle et infinie de Dieu qu’enveloppe chaque idée est adéquate et parfaite. »

Spinoza, Ethique, II, proposition 


« L’esprit humain a une connaissance adéquate de l’essence éternelle et infinie de Dieu. »


Berkeley, Principes de la connaissance humaine, §§ 148-149  :
 
« 148. Il semble bien que le troupeau de ceux qui ne pensent pas prétexte habituellement qu’on ne voit pas Dieu. Si seulement nous pouvions le voir, disent-ils, comme nous voyons un hommes, nous croirions qu’il est, et croyant en lui, nous obéirions à ses commandements. Mais hélas ! il nous suffit d’ouvrir les yeux pour voir le souverain Seigneur de toutes choses d’une vue plus complète et plus claire qu’aucun de nos semblables. Non que j’imagine que nous voyons Dieu (comme certains le voudraient) d’une vue directe et immédiate, ou que nous voyons les choses corporelles, non par elles-mêmes, mais en voyant ce qui les représente dans l’essence de Dieu, doctrine qui m’est, je dois l’avouer, incompréhensible. Mais je vais expliquer ce que je veux dire. Une intelligence humaine, une personne, n’est pas perçue par le sens, puisqu’elle n’est pas une idée ; quand donc nous voyons la couleur, la taille, la figure et les mouvements d’un homme, nous percevons seulement certaines sensations ou idées provoquées dans notre esprit et ces idées, qui s’offrent à notre vue en diverses collections distinctes, servent à nous désigner l’existence d’intelligences finies et créées comme nous. Il est clair, d’après cela, que nous ne voyons pas un homme, si par homme on entend ce qui vit, se meut, perçoit et pense comme nous le faisons ; mais que nous voyons seulement une certaine collection d’idées, telle qu’elle nous conduit à penser qu’il y a là un principe distinct de la pensée et du mouvement, semblable à nous, qui l’accompagne et qu’elle représente. Et c’est de la même manière que nous voyons Dieu. Toute la différence c’est qu’un seul assemblage fini et restreint d’idées dénote un esprit humain particulier alors que, où que nous portions notre vue, nous percevons en tous temps et en tous lieux des témoignages manifestes de la Divinité, ou percevons de quelque manière que ce soit un signe ou un effet de la Puissance de Dieu ; comme l’est notre perception des mouvements mêmes qui sont produits par les hommes.

149. Il est donc clair, que rien ne peut être plus évident pour quiconque est capable de la moindre réflexion que l’existence de Dieu, ou d’une intelligence, si intimement présente à nos esprits, qui produit en eux toute la variété d’idées ou de sensations qui nous affectent continuellement, dont nous dépendons absolument et entièrement, bref en qui nous nous mouvons et avons notre être. Que la découverte de cette grande vérité qui se trouve si proche de l’esprit et lui est si manifeste n’ait été atteinte que par la raison d’un si petit nombre d’hommes, c’est un triste exemple de la stupidité et de l’inattention des hommes qui, bien qu’entourés d’aussi claires manifestations de la Divinité, en sont pourtant si peu touchés qu’on les dirait comme aveuglés par cet excès de lumière. »



S. Bonaventure, De Reductione Artium ad Theologiam :

« §1. Tout don excellent et toute donation parfaite viennent d’En-Haut, ils descendent du Père des Lumières » ; ainsi écrit Saint Jacques au premier chapitre de son épître.

Dans ce texte, il est question de la source de toute illumination ; en même temps, il suggère que cette lumière primordiale est la source généreuse d’où proviennent les multiples lumières. Même si toute l’illumination de notre connaissance est intérieure, il est cependant raisonnable d’introduire la distinction suivante : il existe une lumière extérieure, celle de l’habileté technique ; une inférieure, celle de la connaissance sensible ; une intérieure, celle de la connaissance philosophique ; une supérieure, celle de la grâce et de l’Ecriture Sainte. La première éclaire les formes créées par l’homme ; la deuxième, la forme naturelle ; la troisième, la vérité intelligible ; la quatrième et dernière la vérité qui nous sauve. »


« §6. De tout ce que nous avons dit, il ressort que si la lumière qui descend d’en haut comporte quatre parties d’après une première division, il en existe cependant six espèces différentes : la lumière de l’Ecriture Sainte, celle de la connaissance sensible, celle de l’habileté technique, celle de la philosophie rationnelle, celle de la philosophie naturelle, celle de la philosophie morale. Ces six illuminations existent dans la vie d’ici-bas et un soir leur succède, car “toute science sera détruite”. C’est pourquoi vient après elle le septième jour, celui du repos, qui ne connaît pas de soir, c’est l’illumination de la gloire céleste. »


« § 7 […] La conclusion est que toute notre connaissance trouve son achèvement dans celle de l’Ecriture Sainte, surtout dans son sens anagogique, par lequel l’illumination est reportée (refertur) en Dieu dont elle a tiré son origine. C’est donc là que le cercle se referme et qu’ainsi l’on parvient à l’achèvement. »


« § 8. Il nous faut voir maintenant comment les autres illuminations de nos connaissances doivent toutes se ramener à la lumière de l’Ecriture Sainte.
Nous commencerons cet examen par l’illumination de la connaissance sensible, toute entière consacrée à ce que peuvent percevoir les sens. Il faut en considérer trois éléments, le milieu ambiant (medium), l’exercice et le plaisir de cette connaissance. […] »


« § 10. Si l’on considère ensuite la satisfaction obtenue, on verra (intuebimur) l’union de Dieu et de l’âme. Chaque sens recherche en effet avec avidité (quaerit cum desiderio) le sensible qui lui convient (suum sensibile conveniens) ; il le trouve avec joie et y revient sans lassitude, car “l’œil ne se rassasie pas de voir, ni l’oreille n’est saturée d’entendre. De la même manière, le sens de notre cœur doit se mettre en quête de ce qui est beau, harmonieux et de bonne odeur, doux au toucher, le découvrir avec joie et le rechercher sans cesse.

Telle est aussi la manière dont la connaissance sensible contient, sous une forme cachée, la sagesse divine [sapientia divina, “goûter divin” selon Pierre Magnard] et telle est aussi la merveilleuse contemplation des cinq sens spirituels dans leur conformité avec les sens corporels. »






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